L'enfant suivant : une grossesse pas comme les autres

Cet enfant suivant, ce n'est pas un bébé comme les autres. Dans le ventre de sa mère, dans les caresses de son père, il trouvera de la tristesse, de l'angoisse, mais aussi un amour infini : cet amour de parents qui savent dans leurs tripes la valeur de son existence et la fragilité de sa présence.

La conviction qu'au bout de neuf mois un enfant naitra, est perdue.
Ces neufs mois d'attente là seront fatalement neuf mois d'angoisse, jour après jours, heure après heures.

Mais c'est tellement fort, tellement viscéral, après avoir donné la mort, de pouvoir donner la vie.

Certains mettront du temps à accepter l'idée qu'un autre enfant peut partager leur vie, d'autres encore ne voudront plus revivre de grossesse ...
Mais beaucoup n'auront qu'une envie : recommencer tout de suite.

Il n'y a pas de bon chemin pas de règle à suivre, la meilleure des décisions est celle qui vient du cœur.

Nous parlerons donc de cet enfant suivant au fil de cet article.

Un magnifique cadeau : celui de Li qui nous offre le journal de la nouvelle grossesse qu'elle est en train de vivre après la mort de son fils à sa naissance.

 

Le premier trimestre

Aujourd'hui nous avons réuni toute la famille et nous nous sommes empressés de l'annoncer à la famille proche, nous sentions que tout le monde avait besoin de cette bonne nouvelle, certains ont sauté de joie, d'autres sont restés dubitatifs, probablement par peur d'être déçus à nouveau, comme nous.
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Je reprenais peu à peu goût à la vie, je recommençais à avoir de l'espoir qu'un jour je pourrais enfin prendre mon bébé dans mes bras.
Mais il faut bien dire que mes sentiments sont troubles ; je suis partagée entre la peine et le deuil de mon enfant perdu 3 mois auparavant et la joie d'être à nouveau enceinte.
J'ai sans cesse peur de transmettre mes angoisses et mes craintes à ce nouveau bébé en moi, qui est si petit et qui porte déjà en lui ma raison de vivre.
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Je prends peu à peu conscience que cette nouvelle grossesse est loin de ressembler à la précédente. Mes nuits sont ponctuées de cauchemars et crises d'angoisse.
Je ne peux m'empêcher d'imaginer le pire, et le plus grave dans tout cela est que j'ai affreusement peur de m'attacher à ce bébé.
Je sais que c'est totalement injuste pour lui, et qu'il a le droit d'avoir tout mon amour et affection , mais c'est plus fort que moi, je ne fais que pleurer mon enfant perdu tout en me préparant à la perte éventuelle de celui-ci.
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Je fais des crises d'angoisse très souvent.
Ca m'a embêté très fort, et je ne comprenais pas pourquoi ça m'arrivait.
Ces crises étaient souvent provoquées par une contrariété (foule, chaleur, douleur...) Durant ces crises, j'avais du mal à respirer, j'avais envie de hurler et une douleur très vive dans le haut et le bas du dos.

Résultat ; je n'osais plus sortir de chez moi, moi qui adorais aller au cinéma, ça fait plus de 7 mois que je n'ose plus y mettre pied.
Mise à part ces crises d'angoisse, j'ai également des moments de paranoïa, j'imaginais sans arrêt les pires scénarios pour des choses banales.

Exemple : Je prend une douche et je m'imagine glisser et me fracasser la tête sur le sol, et c'est à longueur de journée comme ça. J'ai eu peur de rester comme ça tout le restant de ma vie et de finir par devenir folle.

Et surtout je me sentais emprisonnée face à l'incompréhension de mon entourage.
Alors j'ai parlé de tout ça à mon médecin, et il m'a expliqué que lorsqu'on est confronté à la mort de si près, on a tendance alors à avoir peur de tout de manière irrationnelle.
Il dit que de manière générale, nous avons tous nos peurs, mais notre raison y mets des sortes de "tapis" dessus, et nous permet de les confronter , mais lorsque la plus grande de nos peurs qui est la mort nous saute comme ça à la gorge, elle fait exploser en même temps tous ces "tapis" et on se retrouve suspendu au-dessus de ces gouffres de peurs et au moindre faux pas on tombe dedans.
Maintenant que j'ai mieux compris ce qui m'arrivait, j'aurais plus facile à gérer ces crises, je l'espère.
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Les visites mensuelles chez le gynécologue sont à chaque fois des gros moments de stress, est-ce qu'il va bien ? Est-ce qu'il est encore là ?
Le sourire et les paroles rassurantes du gynéco nous apaise pour quelques heures, et ensuite la boule au ventre nous reprend à nouveau jusqu'à la prochaine visite.

 

Le deuxième trimestre

Les 3 premiers mois sont enfin derrière nous, les risques de fausses couches sont moindres, mais alors pourquoi je ne me sens pas plus rassurée ?
La moindre douleur entre la gorge et les genoux m'effraie.
D'autant plus que 2 grossesses si rapprochées ne peuvent se passer sans quelques inconvénients.

Le ventre qui n'avait pas eu le temps de complètement dégonfler, se regonfle maintenant à vue d'oeil.
La fatigue et le mal de dos se font ressentir beaucoup plus fort.

J'ai acheté une jolie boîte dans laquelle j'y ai mis les affaires de mon ange ; ses photos, des chaussons tricotés pour lui, ses échographies, le journal de bord pendant la grossesse.
Je l'ai mis dans le haut d'une armoire, c'était ma manière à moi de tourner la page.
Il faut à présent que je m'occupe plus de mon deuxième bébé, il a besoin de moi, je le sens.
Je lui parle, de nous, de son frère qui n'est pas là mais qui veille sûrement sur lui et de tout ces gens qui attendent impatiemment sa venue.
J'ai été acheter des vêtements qui sont rien que pour lui, ce geste qui avait l'air si banal, m'avait coûté pas mal d'efforts.
Mais il fallait que je le fasse, il fallait que je pense plus à ce petit être qui grandit en moi et qui a besoin de toute mon attention.
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Les crises d'angoisse se font moins sentir, je caresse mon ventre en me répétant que cette fois-ci tout ira bien et que je n'ai aucune raison de m'inquiéter.
Dans une semaine, on ira faire l'écho morphologique, je stresse, mais je tiens bon, mon ange veille sur moi et son petit frère, j'en suis sûre.
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Ça y est ! On a réussi le cap de l'examen morphologique !
Tout va bien, c'est un joli petit garçon de 625g, il a tout ses doigts et tout ses orteils, c'est cool ! Ce qui m'a le plus frappé c'est qu'il ne ressemble pas au premier..quelque part ça m'a rassuré.
Curieusement j'ai peur de toute ressemblance entre cette grossesse-ci et la précédente, normal me direz-vous.
Ce bébé a des traits du visage bien à lui, il est même un peu comique !
On a décidé ce soir qu'il est temps qu'on s'investisse à fond dans cette grossesse, ce n'est pas juste pour lui de sentir nos peurs.
C'est notre bébé et il a droit à tout notre amour.
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Préparation à l'accouchement ?
Le seul cours qui nous tente ce sont les séances d'haptonomie : « science du toucher et du sentir, dans sa dimension intime et affective ».
L'haptonomie pré et post natale est plus qu'une simple méthode de préparation à l'accouchement : elle se veut une préparation à la parentalité.
Elle propose à la maman et au papa une communication, une rencontre avec leur bébé avant sa naissance.
Voilà ce qu'il nous faut ! Nouer un lien affectif avec ce bébé qu'on a l'impression de délaisser.
La première séance s'est très bien passée, on l'a bercé (je me suis transformée en berceau humain pour l'occasion), on l'a caressé, on a appris à reconnaître son corps par le toucher, et lui il nous a donné des coups comme remerciement !

Ça m'a fait du bien de faire quelque chose de nouveau par rapport à la première grossesse.
Quelque chose qui ne soit pas du « déjà-vu »..quelque chose rien que pour lui, ce deuxième bébé qui a une place si spéciale.
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Il est 5h30 du matin, je me réveille avec une douleur dans le bas du dos, pas moyen de se rendormir, la douleur commence à se propager sur le bas ventre, je panique un peu, mais je reste calme, mon homme part travailler, je décide de prendre un jour de congé, après tout, c'est sûrement la fatigue.

La douleur s'accentue encore un peu, là c'est carrément l'angoisse, bon il est 7h30, je devrais pouvoir téléphoner à mon gynécologue sans le réveiller !
Au téléphone, il me pose des questions auxquelles je ne comprend rien , il semble dire que cela pourrait être des contractions, mais comment ça ! des contractions ! c'est trop tôt ! je ne suis qu'à 25 semaines !

Il me dit de me présenter à la maternité en urgence pour me placer sous monitoring.
Je raccroche et j'éclatte en sanglot avant d'appeler mon homme.
Il revient me chercher et on part à la maternité avec le cour lourd.
Arrivés sur place, le personnel est aux petits soins avec nous, et tente de nous rassurer.

Finalement j'ai eu beaucoup de fièvre et c'est la température qui provoque ces contractions, alors 6 comprimés de paracétamol par jour et beaucoup de repos et tout est rentré dans l'ordre au bout de 4 jours.
Mais je crois aussi que j'ai dû vieillir de 10 ans avec tout ça !

 

Le troisième trimestre

Allez ! en avant vers le dernier trimestre, c'est le plus fatiguant, le plus stressant et aussi le plus attendu.
Je ressemble véritablement à la reine des crapauds avec mon bon gros ballon.
On commence à faire le décompte, les jours ne passent pas assez vite, mais en même temps, j'ai si peur du jour J.je ne peux m'empêcher de me préparer quand même au pire.
Mais est-ce que ça adoucirait ma peine ? Et comment se prépare t-on à perdre son bébé ? Ce bébé que j'aime déjà si fort.

Ce bébé qui me donne des petits coups de pied à chaque fois que je mets ma main sur mon ventre, comme pour me rassurer qu'il est bel et bien là et qu'il se porte à merveille.
Merci mon petit bonhomme.

Les angoisses recommencent, c'est toujours au moment d'aller dormir, dès que j'éteins les lumières, l'angoisse m'envahit, tel un épais brouillard, je m'étouffe, des horribles images défilent dans ma tête et j'ai envie de me mettre à hurler de toutes mes forces.

Pour me calmer, je me lève, je rallume les lumières, je marche un peu, j'ouvre la fenêtre pour respirer l'air frais de la nuit et puis je retourne au lit en espérant me rendormir cette fois-ci.
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Déjà 32 semaines de grossesse et pourtant j'ai l'impression que le plus dure reste encore à venir...
Les visites chez le gynécologue sont plus rapprochées, une fois toutes les 2 semaines, c'est à chaque fois si rassurant d'entendre son cour.

Le bébé prend du poids, il pèse déjà plus de 2kg, et il me donne des bons gros coups toute la journée, je me rappelle avoir trouvé ça fatiguant à la dernière grossesse, mais cette fois-ci je suis si content de le sentir autant.

Les angoisses nocturnes ne s'améliorent pas, je dors avec une peluche que j'ai acheté pour le bébé, je laisse une veilleuse, et quand il ne fait pas trop froid, je laisse la fenêtre ouverte, tous ces rituels m'aident un peu à trouver le sommeil.

Je dois avouer que cette deuxième grossesse est plus douloureuse physiquement et mentalement, mais je tiens bon, je commence à voir cette petite lumière au bout de ce long tunnel sombre.
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C'est comme dans ce film "La haine" où l'acteur parle d'un homme qui tombe du toit et qui répète sans arrêt avant de s'écraser au sol ; "jusqu'ici tout va bien ..."
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De temps en temps, je me couche, je me relaxe et je visualise tout le déroulement d'un accouchement parfait, du départ de la maison jusqu'au retour dans la chambre d'hôpital avec le bébé dans mes bras, souvent je finis par pleurer à chaudes larmes tellement je suis émue rien qu'à y penser.

Et je répète 10 fois dans ma tête que tout se passera bien. Il paraît qu'il faut conditionner le cerveau, alors je le fais pour moi et pour le bébé aussi. Tout se passera bien. Tout se passera bien .Tout se passera bien. Tout se passera bien ...
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Je me pose de plus en plus de question, à mesure que le jour J se rapproche de plus en plus ; suis-je prête ? qu'arrive t-il si jamais.. Vais-je l'aimer autant que le premier ? vais-je souffrir moins de l'absence du premier ?

Il y a juste une certitude, je l'aime déjà ce petit bout en moi, car la dure expérience m'a appris qu'il faut aimer de tout son cour avant de devoir dire adieu...alors ce petit bout là, quoi qu'il arrive, je serais sûre que je l'ai aimé de tout mon être et je sais à quel point il compte déjà pour moi.

 

Le Jour J ...

Pour ne prendre aucun risque, on a décidé de faire une césarienne, au diable tous les commentaires du genre :
« il faut vivre son accouchement »
« Les césariennes sont des actes médicaux qui enlève le caractère sacré de la venue au monde »...

Moi, tout ce que je veux, c'est que mon bébé vienne au monde sain et sauf, et ça mon gynéco me l'a promis !
Je regarde une dernière fois mon ventre tout rond, dans lequel repose tout mes espoirs et tout mon amour.

Sur la table, je reste sereine, c'est comme ces instants où on retient notre respiration, et on fait le vide dans la tête, car dans quelques instants, on sait que notre vie va changer à tout jamais.
Le médecin l'a sorti, on arrête tous de respirer, comme pour lui laisser plus d'oxygène, et là j'entend le plus beau son du monde..

« Ouin, ouin, ouin.. » il est si beau ce bébé tout gluant !

Le mot pour décrire c'est « Légèreté »...je me suis sentie allégée du poids du bébé, du deuil, des larmes, du désespoir, d'angoisse, de peurs, et d'attente.

Je me suis sentie tellement légère que d'ailleurs j'ai plongé dans un sommeil profond pendant qu'on me recoud, le gynéco n'en revient pas que j'arrive à dormir et ça le fait sourire.

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1 Mois plus tard

Notre petit Tao a un mois, il est en pleine santé, il a un sourire merveilleux après la tétée du matin, je n'en reviens toujours pas d'avoir fait un si beau bébé ! Ce bébé est comme un rayon de soleil dans la maison.

Je suis enfin passé de l'autre côté...du côté des parents comblés et ébahis devant leur enfant.
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Merci Tao, je t'ai donné la vie mais toi tu as donné un sens à la mienne.

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