Témoignage, Fabienne 55 ans "Mon fils est mort mais il vit toujours en moi"

Quand j’ai vu mon fils pour la dernière fois, il faisait du vélo dans la rue. C’était il y a quatre ans. Une heure plus tard, lorsque je suis rentrée du supermarché, mon mari était entouré de médecins et de policiers. Il avait trouvé Florent inanimé dans sa chambre, sa ceinture de judo autour du cou.

Les secours n’ont rien pu faire pour le réanimer. Mon fils est mort du jeu du foulard. Ca a été extrêmement brutal, nous ne savions pas qu’il y jouait. C’était un enfant qui allait bien, qui travaillait bien à l’école, qui avait plein de projets et de copains…

En fait, l’annonce du décès n’est pas le pire moment. Le monde s’écroule mais c’est tellement énorme, inattendu, qu’on n’arrive pas à réaliser. C’est sidérant. On vous dit que votre enfant est mort mais dans votre esprit, ça ne peut pas être vrai.

Le moment le plus atroce a été le lendemain, lorsque je me suis réveillée. J’avais l’impression de sortir d’un cauchemar. Mais là, j’ai réalisé qu’il s’agissait en fait de la réalité.

J’ai tout de suite eu besoin de lire des choses sur le deuil. Je n’en avais jamais vécu. J’avais plein de choses qui me passaient par la tête, je me disais que les gens allaient penser que j’étais folle si je les partageais. Les premiers mois après le décès, je voulais avoir une maladie grave, non pas pour mourir, souffrir, ou me punir que mon enfant soit mort, mais pour être hospitalisée, ne plus avoir à m’occuper du quotidien, et pouvoir ne penser qu’à Florent. J’étais obsédée par lui.

En rejoignant des groupes de parole de parents endeuillés, j’ai réalisé que je n’étais pas la seule à avoir ce genre de réactions. Avec eux, je savais que je ne serais pas jugée. Mais entendue, comprise. Ce qui est bien dans ces groupes, c’est qu’on n’est pas tous au même stade. Les parents qui ont un deuil plus ancien vous aident à avancer : ils sont toujours sur pieds, ils continuent leur vie, certains ont eu d’autres enfants…

Dans mon entourage, plus le temps avançait, moins les gens me parlaient de mon fils. C’était terrible. La plupart avaient peur de réveiller ma douleur. Mais en réalité, parler de son enfant disparu fait du bien. C’est reconnaître qu’il a été là et qu’il fait toujours partie de notre vie.

Ce qui m’a aidée, c’est que j’ai continué à travailler. Je suis indépendante, je ne me suis pas arrêtée, ça m’a permis d’avancer. J’ai tout de suite fait de la prévention aussi. Pour éviter ça à d’autres enfants, d’autres familles. Pour être utile. Et pour continuer à faire vivre Florent, pour dire aux autres qu’il a existé.

Les affaires de mon fils, je n’ai pas pu les jeter. Je ne me sens pas prête. Elles sont à la cave pour l’instant. Je crois que ce qui est important quand on perd un enfant, c’est de se faire confiance : on sait ce qui est bon pour nous.

Il n’y a pas de rythme à respecter ou de précipitation à avoir. Pas de règle, non plus. Comme Florent est décédé dans notre maison, la première question des gens après sa mort était de savoir quand nous allions déménager. Pour nous, c’était impensable. Nous aurions eu l’impression d’abandonner notre fils.

Quand vous perdez votre enfant, votre vie éclate en mille morceaux. Vous n’êtes plus la même. Votre vie change, vous changez. Vous vous écoutez plus. Moi, je me suis davantage ouverte aux autres après le décès de mon fils. J’avais envie de faire du bénévolat depuis des années. Je me suis dit pourquoi attendre ? Je fais aujourd’hui des choses qui me correspondent vraiment. Je suis aussi beaucoup plus lente : je ne peux plus, je n’ai plus envie de faire les choses vite. La mort d’un enfant, c’est une immense chape de plomb qui s’abat sur vous. Tout semble alors trop lourd à porter. Il n’y a plus cette légèreté qu’il y avait avant.

Avec le temps, on apprend à apprivoiser la douleur. Aujourd’hui, c’est plus intégré, je me sens plus sereine. Mais c’est toujours là. Au quotidien, de nombreuses choses vous rappellent douloureusement tout ce qui ne sera pas.

Mais oui, la vie continue. Et Florent est toujours là dans notre vie quotidienne. Il n’y a quasiment pas un jour où on ne parle pas de lui avec son frère. Ce n’est pas seulement un enfant du passé. Il est là en moi. Tout autour de moi.

Source : http://www.psychologies.com/Moi/Epreuves/Deuil/Articles-et-Dossiers/Comment-faire-le-deuil-de-son-enfant/Mon-fils-est-mort-mais-il-vit-toujours-en-moi