Marcel Rufo, pédopsychiatre : "Survivre à la perte d'un enfant"

Pour les parents, la plus grande douleur est de perdre un enfant. L'enfant qui meurt avant ses parents suscitent de nombreuses réflexions et rendent plus difficile le processus de deuil. Le soutien, l'écoute, la présence... se révèlent alors indispensables pour survivre au désespoir. Le regard du pédopsychiatre Marcel Rufo.

L'horreur de l'assassinat des deux jeunes Français au Niger nous a tous et toutes profondément éprouvés. Ce drame comporte une épouvantable part d'inhumanité. Si l'on se place du côté des parents, il n'y a pas de plus grande épreuve que la leur : celle de perdre un enfant.

Car le deuil ici imposé est un deuil d'avenir, alors que, dans l'ordre naturel des choses, la perte d'un être cher entraîne un deuil du passé. Perdre un enfant projette les parents dans un questionnement insensé et lancinant : quel adulte serait devenu l'enfant parti trop tôt ?

Le disparu grandira toujours de manière imaginaire à la date de ses anniversaires ; sa présence fantomatique pèsera sur les fêtes de familles ; il ne vieillira jamais, comme détaché de l'arbre de vie qui comporte des racines et des bourgeons. On n'a pas de prise sur le futur alors qu'on peut toujours revisiter son passé.

Avoir un enfant, c'est assurer sa descendance, perpétuer une lignée, tracer un chemin d'avenir... S'il disparaît avant nous, nous sommes touchés à l'essentiel, dans notre conviction profonde que pour survivre, se survivre, il faut donner et transmettre la vie.

Qui pensera à nous quand nous ne serons plus là ? En le perdant, nous nous amputons des souvenirs à construire avec lui. Notre avenir est anéanti, pas seulement sa vie. La perte d'un enfant symbolise notre propre disparition. Comment soigner cela ? Où trouver l'apaisement ?

Dans les rites et le secours de la foi pour les croyants, mais aussi, pour beaucoup de parents endeuillés, dans ce processus de sublimation qui consiste à s'occuper d'autres parents en souffrance. À l'hôpital, ceux qui ont perdu un enfant à la suite d'un cancer viennent aider d'autres parents à leur tour confrontés à cette douleur.

Puisque j'ai survécu à cette peine, je peux comprendre et aider ceux qui la vivent de façon aiguë aujourd'hui. On a vu à la télévision la fiancée, les amis et le village faire corps autour des deux familles, tous accablés par cet assassinat. Un camarade, parlant de l'un des deux garçons, a dit : « Il aimait le Niger : je veux découvrir ce pays qu'il aimait tant », posant l'aventure comme antidote à la perte.

Les parents endeuillés peuvent prendre appui sur les plus jeunes et sur leur élan vital. Ce sont de vrais alliés affectifs. Un ami intime du disparu, fidèle à sa mémoire, permettra d'évoquer celui qui leur manque tant. De manière générale, plus il y a d'écoute, d'accueil, de présence et de partage de la douleur, moins le fardeau est lourd à porter. Dans cette démarche communautaire et solidaire réside la preuve de notre humanité.

 Répartie sur toute la France, l'association nationale Jonathan Pierre Vivantes est animée par des parents en deuil, bénévoles, et propose un partage moral de la souffrance, des accueils personnels, des rencontres de groupes, des sessions à thèmes...
 Sur le site sparadrap.org, vous trouverez la bibliographie de livres pour aider les parents à surmonter la perte de leur enfant et livre des témoignages de parents endeuillées par la mort de leur enfant.

Source : http://www.pelerin.com/L-actualite-autrement/La-Toussaint-fete-et-commemoration/La-mort-le-deuil-et-nous/Marcel-Rufo-pedopsychiatre-Survivre-a-la-perte-d-un-enfant