Les répercussions dans la famille

Conférence-débat de Mme Françoise Hartemann - munsch, psychothérapeute, organisée le 26 mai 2010 à Bourgoin-Jallieu par l’Association d’Accompagnement des Personnes Endeuillées

Qui est Françoise Hartemann-Munsch ?Psychothérapeute, installée près de Grenoble. Ce qu’elle dit vient de sa pratique de psychothérapeute auprès de personnes endeuillées, notamment auprès d’enfants après le décès d’un frère ou d’une sœur.

Questions abordées :

1-    Que vivent et ressentent les enfants qui restent après le décès d’un frère ou d’une sœur ? Par rapport à frère ou sœur ? Par rapports aux parents ?

2-    Les parents : que peuvent-ils ressentir et vivre avec ces frères et sœurs vivants ?

3-    Des pistes pour mieux vivre…

« Face à un deuil, l’indifférence n’existe pas : tout le monde est touché.

La souffrance de chacun est légitime, et accepter de la partager est aidant. »

 

1- Que vivent et ressentent les enfants qui restent ?

De la tristesse, bien sûr

De la colère…

contre le disparu qui les laisse. Mais elle est difficile à exprimer…

contre les parents qui n’ont pas su le protéger,

contre les autres frères et sœurs…

De la peur…

Peur de l’avenir : les projets d’avenir s’effondrent, c’est la fin des rêves.

La mort devient possible, on y est confronté, d’où une sorte d’insécurité : ça peut m’arriver, ça peut arriver à mes parents.

De la culpabilité…

… à être encore vivant. Elle est liée à la rivalité, la jalousie, la compétition qui existent naturellement pour être reconnu par les parents. C’est une rivalité structurante qui aide normalement à grandir … mais qui ici disparaît.

culpabilité due au moment où la mort est venue si c’est après une dispute, une   bagarre etc.

Une difficulté à s’affirmer vivant

Est ce que j’ai le droit d’être heureux, d’être bien, de vivre pour moi ?

Et la pulsion de vie qui pousse les enfants vivants à grandir va, pour certains, s’investir dans le projet du disparu, faire vivre le frère à travers eux.

Autres ressentis : Et si c’était moi qui était mort ? j’aurais dû « partir » en premier !

Une tendance à se comparer et à idéaliser le disparu

D’où une infériorisation : on se dévalorise, on a peur de n’être pas à la hauteur. En effet, comment rivaliser avec quelqu’un qui est parfait ?

Une gêne par rapport aux personnes extérieures à la famille

Je ne suis plus comme les autres, je suis différent. Est-ce que je dois dire que j’ai perdu un frère, une sœur ? D’où souvent un malaise dans la relations avec des personnes extérieures.

Par rapport aux parents ? Diverses attitudes :

Comme ils sont vivants et ressemblent à l’enfant disparu, aux yeux des parents ils se font petits pour ne pas augmenter leur douleur …

Comment ces ressentis vont se manifester ?

Il y a toujours souffrance, et le plus souvent ces enfants endeuillés le cachent bien !

Car s’il n’y pas d’expression proprement dite, il y a beaucoup de manifestations, de symptômes de cette souffrance à travers :

  • le sommeil, avec des cauchemars
  • l’alimentation : en compensant soit par excès soit par défaut
  • l’école et les études : apparition de bêtises, vol ou différentes sortes de conduites à risque vitaux (y compris des « jeux » avec la mort) car il y a une perte de sens.

Au total, un mal-être général, avec des conduites :

-      d’isolement (se couper, se refermer…)

-      de fuite (= compensation) : toujours chez les copains, ailleurs que chez soi

-      d’« agitation » : passer d’une chose à l’autre, sans jamais se poser…

 

2- 2- Quelles attitudes ont les parents vis-à-vis des enfants qui restent ?

 

On peut observer (différentes attitudes de parents):

 Ou bien :

-      un désinvestissement, un désintérêt pour les enfants vivants, un manque de disponibilité,

-      voire un rejet ou même un dégoût, car l’enfant disparu – idéalisé - rend la vue de celui qui reste difficilement supportable.

Ainsi des parents se trouvent « hors de la relation » avec leur jeune.

Ou bien à l’inverse : un surinvestissement, une compensation, une surprotection… qui enserre l’enfant restant.

 

3- 3- Pistes pour assumer sa responsabilité de parent vis-à-vis d’un enfant restant

 

Malgré les ressentis et la douleur, on n’a pas le droit d’abdiquer pour autant.

 Il est important de garder le lien !

Si c’est impossible, il faut trouver des relais :

 ° les proches, les grands-parents, les amis… mais aussi les frères et sœurs

° un groupe de parole (Jonathan Pierres Vivantes, Frères et sœurs endeuillés…)

° des appuis plus spécialisés (psychothérapeute ….)

Les enfants ont besoin de leurs parents ; mais ces besoins sont un peu différents selon les étapes de leur « croissance ».

 Les tout-petits ont besoin

Car avant 4 ans, l’enfant n’a pas la perception du « jamais », du « jamais plus ». Ils ont besoin d’apprivoiser la mort, et ça peut être par des jeux (des dialogues de poupées….)

 Les plus grands, en âge de fin de primaire et de collège (jusqu’en 4ème environ) sont dans une phase d’acquisition de compétence, dans la recherche de réussir ce qu’ils font. Aussi arrive-t-il qu’ils surinvestissent dans le scolaire, avec un déni du deuil.

D’autre part ils peuvent développer – à l’envers des rôles normaux- une attitude protectrice par rapport à leurs parents.

 Chez les ados, en pleine perturbation personnelle, c’est plus complexe. Il y a le risque de la perte du lien avec les parents. Ils ont besoin d’adultes cohérents, stables ; sinon ils cherchent ailleurs. Même dans ce cas, il faut éviter la rupture du lien avec les parents.

Ils ont besoin de paroles, de repères : aussi il faut pouvoir parler de la mort : dans des discussions, ou par des livres proposés… sans imposer.

 Rappel sur les étapes du deuil :

Un deuil, ça s’élabore, avec une intégration progressive… et en finale on est devenu différent.

On distingue souvent des étapes, mais attention : ce n’est pas un parcours linéaire, et il y a des soubresauts :

-      le déni (tellement on a du mal à accepter)

-      un brassage émotionnel, avec tristesse, peur, colère… mêlés. Il faut accepter d’affronter cette période, sinon la souffrance va se trouver enkystée.

-      une étape de « rationalisation » au sens où l’on se fait une raison sur les évènements. Par exemple : il est mort sans souffrir, ou bien c’est une délivrance… C’est le début de l’acceptation.

-      Un « lâcher prise », une distance : on laisse partir le défunt

-      On devient capable de dire un au revoir

-      Enfin on devient capable à nouveau d’un attachement à une personne (nécessaire pour vivre).

S’il y a un blocage sur une étape, l’adulte ne sera pas capable de se fixer avec quelqu’un, car pour lui s’attacher à quelqu’un comporte le grand danger d’un arrêt possible. De même il pourra redouter d’enfanter pour la même raison. Il ne s’autorise pas à être heureux.

De plus – toujours s’il y a blocage dans le parcours du deuil – il y a le risque d’un effondrement à partir d’un petit deuil qui arrive plus tard, d’un simple accroc dans la vie, d’un déménagement… Un deuil mal fait nous rattrape toujours.

Pour éviter ces blocages, les enfants ont besoin qu’on partage aussi de nos peurs, de nos angoisses, et des pleurs ensemble, en solidarité.

Attention : un jeune qui est silencieux, ne va pas bien.

Françoise Munsch a présenté une image qu’elle trouve parlante à propos de la réaction à un deuil pour un enfant,

 L’image des « Sœurs tomates » 

 1ère image :

celle d’un pied de tomate qui grandit et se développe normalement sans traumatisme

2ème image :

le pied a reçu un coup : il est tordu, évoluera moins bien, mais de travers toujours

3ème image :

le pied a reçu le même coup que le précédent… mais on lui a mis un tuteur : il a pu se redresser ; avec quelques marques, il se développe bien, peut-être mieux même que la tomate épargnée de la première image !

 

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